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Energie: la stratégie française (Hydrogène) est suicidaire

16 Février 2017, 10:43am

Publié par Olivier D

Energie: la stratégie française (Hydrogène) est suicidaire

Le solaire PV, les voitures électriques à batterie (en particulier la Tesla Model 3) et les batteries lithium stationnaires (Centrale SCE de Los Angeles) constituent des technologies hautement disruptives. Face à cette vague montante les stratèges de grands groupes français ont décidé...de former une alliance pour développer l'hydrogène (stockage mobile et stationnaire). Une parade qui ne fait que confirmer que ces acteurs sous-estiment la vague qui se profile à l'horizon.

Cette stratégie est en réalité suicidaire. La filière hydrogène, plombée par son inefficience, n'a aucune chance de devenir compétitive. Des millions et des millions d'euros vont être engloutis pour développer des voitures à hydrogène qui n'ont aucun avenir. Kodak avait réagit de la même manière face à l'émergence de la photo numérique. Erreur fatale.

Philippe Silberzahn: "Une erreur typique consiste à adopter l’innovation de rupture et à l’utiliser pour renforcer son modèle d’affaire existant plutôt d’en créer un nouveau, un phénomène qualifié de bourrage (cramming) organisationnel (...) Le modèle de Kodak en 1996, c’est de vendre du consommable, à savoir des rouleaux de films sur lesquels il obtient une marge très élevée. Toute l’entreprise s’est construite autour de ce modèle depuis sa création (en commençant à vendre des plaques, ancêtres des films). Elle ne peut concevoir d’autre modèle. C’est pour cela qu’en 1975, lorsque l’ingénieur Steven Sasson vient lui présenter le premier appareil numérique qu’il a conçu, la première réaction de la direction de Kodak sera de lui répondre « C’est mignon, mais n’en parlez à personne ». De la photographie sans film, chez Kodak! L’idée est presque sacrilège, en tout cas elle révulse ses dirigeants. (...) Kodak ne fait que regarder le monde par le prisme de son identité...(...) Aujourd’hui encore, le bourrage reste la réponse la plus spontanée d’acteurs peu au fait des théories sur l’innovation de rupture (...) En somme, l’erreur du bourrage consiste à raisonner à partir de son marché, et de son réseau de valeur, en se demandant comment l’innovation de rupture pourrait servir ce marché et ce réseau, et plus généralement son modèle d’affaire, au lieu de raisonner à partir de l’innovation elle-même en se demandant quel nouveau marché et quel nouveau réseau de valeur, et donc quel nouveau modèle d’affaire, elle pourrait permettre de construire." (Source)

Les gaziers et les pétroliers regardent le monde par le prisme de leur identité, de leur ADN, c'est à dire le Oil & Gas. Ils ont le sentiment d'être vertueux car le gaz c'est moins de CO2 que le charbon. Ils ne peuvent pas imaginer un monde où le gaz sera devenu complètement marginal car non compétitif. Pour eux le gaz est un "pilier". Or le seul domaine où l'hydrogène a vraiment du sens, c'est pour les transports aériens longue distance.

Mais ce domaine là aussi va en réalité être disrupté par l'Hyperloop 100% électrique (batteries). Ne restera que le marché des transports aériens trans-atlantiques...Et c'est même pas sûr car un Hyperloop sous-marin entre l'Ecosse et le Groenland, ce n'est pas impossible à réaliser.

Philippe Silberzahn:  "On a ensuite le syndrome de la dinde: celle qui juge que demain sera toujours comme aujourd’hui (le fermier lui apporte des grains tous les jours, et donc il en sera toujours ainsi; mais un jour il arrive avec un couteau, nous sommes à Noël). Tesla est petit, donc il sera toujours petit. Il a une faible part de marché, donc il en sera toujours ainsi. L’idée qu’il puisse décupler ses capacités de production le jour venu et noyer le marché, comme l’a fait Apple face à Nokia, ne traverse absolument pas l’esprit de mon interlocuteur." (Source)

OD