Objectif Terre des Hommes
«L'esprit humain est notre ressource fondamentale»
(John Fitzgerald
Kennedy, 1963)
Question à Eric Besson, ministre de l’énergie:
Avez-vous pris connaissance du rapport du GIEC sur les
renouvelables avant de vous rendre sur le plateau de Capital (M6) ?
120 experts internationaux du GIEC(IPCC) viennent de publier un rapport [1] majeur sur les énergies renouvelables, rapport de 1544 pages faisant la synthèse de la littérature scientifique sur le sujet
dont la principale conclusion est que le monde peut passer à 80% d’énergies renouvelables à horizon 2050, et que cela coûtera moins de 1% du PIB
mondial.
Dans ce contexte, Monsieur Besson, votre intervention sur le plateau de Guy Lagache [2], apparaît comme particulièrement décalée, tant sur le fond que sur la forme.
Dans « L’usine à GES » n°77 de mai 2011, « la lettre des
professionnels du changement climatique » [3], Antoine Bonduelle, qui fait partie des experts reviewers
(relecteurs) de ce rapport du Giec déclare: « Les mauvais prospectivistes en général nous disent que nous n’avons pas le choix, comme si la politique devait
s’incliner devant les experts [nucléaires, ndlr]. Mais, de Solow à Lovins, d’autres auteurs nous disent, au contraire, que nous avons une palette de solutions
parmi lesquelles nous devons d’abord choisir les plus simples politiquement et les mieux placées économiquement. Clairement, cela donne la priorité aux économies d’énergie. Ensuite, nous
disposons de sept énergies renouvelables qui peuvent répondre largement aux besoins de l’Humanité. Le rapport nous
indique que l’empreinte carbone du nucléaire n’a rien de négligeable, pour un potentiel à terme bien moindre que, par exemple, celui du photovoltaïque. Enfin, les énergies fossiles (charbon,
pétrole, gaz), même couplées à des systèmes de captage et de stockage géologique de CO2, émettent tout de même du carbone et se renchérissent.
Donc, si l’on veut vraiment que l’Humanité divise par deux ses émissions (voire au-delà) au coût le plus bas, la voie est toute tracée :
investir dans les renouvelables. Le reste n’est que littérature… non scientifique
(...) »
Monsieur Besson, vos différentes interventions dans les médias, y compris sur le plateau de Capital, reposent systématiquement sur trois piliers :
Pilier 1 : La part des énergies renouvelables ne peut être que marginale étant donné qu’elles sont intermittentes. « Les énergies renouvelables apportent un complément mais ne permettent pas de fournir le socle permanent de l'électricité dont un pays a besoin. »
Selon vous, la part
des énergies renouvelables (EnR) ne pourrait être que marginale, qu’en appoint. Selon vous, les EnR ne peuvent pas être au cœur d’un mix énergétique. Cette affirmation est démentie par
les faits : l’Espagne produit dès aujourd’hui environ 40% de son électricité avec les EnR (l'éolien avoisine les 20% du mix espagnol, avec parfois des pointes dépassant 50%, ceci sans
déstabiliser le réseau électrique), et la Navarre 80% [4]. La Commissaire
européenne au climat, parfaitement en phase avec les conclusions du GIEC, a affirmé il y a quelques semaines que « 80% d'électricité renouvelables dans
l’UE à horizon 2050 est tout à fait faisable ».
Ajoutons que l’Agence Internationale de l’Energie vient de publier le rapport Harnessing Variable
Renewables -- A Guide to the Balancing Challenge où est souligné que
« Ceux qui affirment que de hauts niveaux de
renouvelables constituent un challenge impossible à relèver pour les gestionnaires de réseaux électriques devraient y regarder de plus près » [5] [6] Le Danemark, par exemple, avec les systèmes de
flexibilité déjà en place, peut intègrer aujourd'hui 63% d'éolien selon ce rapport de l'AIE. Bien entendu, comme le souligne le rapport, e
n ajoutant des sytèmes de flexibilité
supplémentaires, on peut dépasser ces 63% d'éolien. Le rapport indique qu’il existe quatre solutions, quatre systèmes de flexibilité pour gérer l’intermittence de l’éolien et du
solaire photovoltaïque:
- Demand side = gestion de la demande, par exemple avec les smart grid V2G/G2V (véhicules électriques), lire à ce sujet la revue Systèmes solaires n°202,
[7]
- Interconnection: liaisons entre réseaux électriques de pays voisins, via HVDC (supergrid). Il s'agit de "stockage virtuel."
- Storage = systèmes de stockage réversible type pompage-turbinage, dihydrogène, air comprimé, batteries, stockage thermique. Notons d'ailleurs que les ingénieurs
allemands d
éveloppent actuellement un système permettant de produire du méthane à partir d'eau, de C02, et d'électricité éolienne ou solaire. Ils produisent du méthane
éolien ! [8]
- Dispatchable plant: centrale à gaz naturel (qui émettent deux fois moins de C02 par unité
d'électricité produite que les centrales à charbon ou au fioul), lacs de barrage, etc. GE a mis au point la technologie "FlexEfficiency" [9], une
technologie inspirée des moteurs à réaction, permettant de passer de 0 à 50 MW en une minute (flexibilité), ce qui est excellent pour faire face aux variations rapides de l'éolien et du solaire.
Le rendement de la centrale FlexEfficiency est de plus très elevé: plus de 61% en appoint, c'est à dire avec redémarrages fréquents (contre entre 46% pour les centrales à gaz d'appoint classiques
et 28% pour les plus anciennes). La chaleur résiduelle peut de plus être récupérée.
L’île d’El Hierro (Canaries) va devenir 100% autonome début 2012 grâce à une symbiose éolien / STEP à eau de
mer (Lire à ce sujet le dossier publié dans la revue Systèmes Solaire n°201, [10]). L’île d’Aurigny va devenir autonome grâce à une symbiose énergie des marées / STEP à eau de mer, lire à ce sujet le dossier qui va être publié par
le Journal de l'éolien n°9 fin juin 2011, [11]. Contrairement à ce que vous
affirmez à Guy Lagache durant l’émission, il n’y a pas besoin d’avoir des fleuves ou des rivières pour faire de l’hydraulique et gérer
l’intermittence de l’éolien ou du solaire. Il n’a de fleuves ni à El Hierro, ni à Aurigny. On peut faire de l’hydraulique sur les falaises de Normandie ou de Corse. On peut faire de
l’hydraulique partout où il y a un dénivelé d’au moins 50 mètres pour créer un bassin haut et un bassin bas. L’hydraulique au fil de l’eau, sur les
fleuves, dont vous parlez Monsieur Besson, est une énergie intermittente qui varie au fil des précipitations. Il est triste de constater que vous ignorez les réflexions sur les STEP à eau de
mer menées par l’association Hydrocoop [12], association fondée par François Lempérière,
polytechnicien président du comité de réduction des coûts à la Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB).
Pilier 2 : « Etant donné que les énergies fossiles constituent 85% du mix énergétique mondial, les énergies renouvelables ne peuvent être
que marginales et le nucléaire est donc indispensable »
Le second argument dans votre raisonnement, Monsieur Besson, repose sur la constatation que les énergies fossiles constituent 85% du mix énergétique mondial actuel et que les énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire ne pèsent aujourd’hui que pour une faible part de ce mix. Vous en déduisez que le monde n’a le choix qu’entre les énergies fossiles et le nucléaire. Ce raisonnement est profondément erroné car on ne peut pas préjuger de l’évolution future d’un mix énergétique en se basant uniquement sur l’état de ce mix à un instant t. Sinon c’est considérer que toute évolution est impossible ! Si on s’était basé sur l’état du mix électrique de la France en 1970 pour évaluer le potentiel du nucléaire à l’échelle française, le nucléaire ne serait jamais passé de 0% en 1970 à 80% 30 ans plus tard. Ce qui est pertinent, c’est de regarder le potentiel des différentes filières (sur la base de leur ressource, de leur distribution géographique etc.) et leurs taux de croissance depuis 10 ans. La ressource en Uranium 235 est très limitée [13], le peak Uranium approche à grands pas. Au contraire, les ressources solaires et éoliennes sont illimitées à l’échelle des besoins de l’humanité. Le taux de croissance du nucléaire depuis 10 ans est proche de zéro (les délais de construction sont extrêmements longs, les capitaux à réunir sont colossaux et le nucléaire a un problème avec la démocratie). Le taux de croissance de l’éolien ces 10 dernières années est supérieur à 25% par an, et celui du solaire est encore supérieur.
Source: GIEC 2011 - http://srren.ipcc-wg3.de/
Pilier 3 : « Le nucléaire est très sûr ET bon marché»
Les arguments techniques que vous avez cru bon mettre en avant pour discréditer les énergies
renouvelables et les bouter dans la marginalité sont erronés. Reste l'argument économique. Mais en premier lieu, quel est le coût d’une vie
humaine ? Et quel est le coût d'un secteur géographique, par exemple les Gorges de l'Ardèche et la Vallée du Rhône, rendu
inhabitable suite à une catastrophe nucléaire ? Comme le souligne le polytechnicien Bernard Laponche dans le cadre d'une
superbe interview dans Télérama [14], "Il est urgent de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas la vie".
Jacques
Repussard, directeur général de l'IRSN, organisme qui rassemble 1500 experts et chercheurs, a indiqué dans le Figaro [15]: « (...) Ce qui est choquant c'est d'entendre dire que l'énergie nucléaire est un secteur stratégique pour la France et de constater qu'on n'y consacre pas l'effort
nécessaire pour
l'amener au meilleur niveau. Certes, cela représente de gros investissements, aussi bien pour construire de nouvelles centrales que pour
démanteler progressivement les anciennes. Mais compte tenu de l'enjeu, la question du prix du kilowattheure me paraît
secondaire. » Soyons clairs : le coût de
production d’un kWh sortant d’une installation nucléaire obéissant aux plus hauts standards de sûreté n’est pas compétitif. La sûreté, cela a un coût. Pour tenter d’être compétitive, l’industrie nucléaire n’a pas d’autre choix que de grignoter sur la sûreté. Le nucléaire low-cost est compétitif mais fait
l'impasse des plus hauts standards de sûreté. On a vu le résultat avec TEPCO à Fukushima. Aujourd’hui, l’eau de Fukushima est tellement radioactive
que l’usine de décontamination d’AREVA a été arrêtée après 5 heures de fonctionnement [16]. Et en France, cette course à la rentabilité conduit au recours à la
sous-traitance. Guy Lagache s'aprêtait à vous faire visionner un témoignage à ce sujet mais vous avez fuit du plateau de Capital à ce moment précis. Le nucléaire, pour des
raisons de sûreté, est intrinsèquement incompatible avec l’économie de marché. Le nucléaire n'est pas bon marché ET hyper-sûr. Il est soit bon marché mais peu sûr, ou
alors moins risqué mais pas compétitif. C'est soit l'un, soit l'autre. L'économie de marché, par
le jeu de la libre concurrence, conduit de facto à sacrifier la sûreté. Avec le parc nucléaire mondial actuel, l’occurrence réelle d’un accident nucléaire majeur est environ
300 fois supérieure à l’occurrence théorique calculée par les experts nucléaristes [17]. Avec
le parc nucléaire actuel, la probabilité d'une grave catastrophe nucléaire en Europe, et a fortiori en France, pays qui compte 58 réacteurs, est loin d'être négligeable.
L'EPR français est peut-être un peu plus sûr que d'autres technologies nucléaires (cela
reste à démontrer car il n'y a aucun retour d'expérience et des rapports d'experts anglais et finlandais ont pointé des problèmes de conception), mais il coûte plus cher, d'où le
cuisant échec commercial de la France à Abu Dhabi. La question de fond qui se pose est la suivante: veut-on un nucléaire
hyper-sûr ou hyper bon-marché en France ? Et si on veut un nucléaire hyper-sûr, l'option nucléaire est-elle pertinente étant donné que l'on peut produire de l'électricité renouvelable en
masse à un coût comparable ?
Les français ont le droit de connaître la réalité de la problématique qui se pose à notre pays: la France va devoir dans les années qui viennent:
- soit remplacer son parc électronucléaire vieillissant par des EPR,
- soit passer à un bouquet diversifié et symbiotique d'énergies renouvelables. Dans les deux cas l'électricité coûtera un peu plus cher qu'aujourd'hui, car le coût actuel est artificiellement bas du fait que le parc électronucléaire français est ancien et donc déjà amorti. C’est cela qu’il faut dire aux français si on veux être honnête avec eux.
Précisons que le nucléaire, très peu flexible, est
incompatible avec des EnR comme le photovoltaïque ou l'éolien.
Siegmar Gabriel, Ministre fédéral de l'environnement en Allemagne: "Si quelqu'un déclare publiquement
que le nucléaire est nécessaire en électricité de base, à cause des fluctuations de l'éolien et du solaire sur le réseau, soit il n'a pas compris comment un réseau électrique ou une centrale
nuclaire fonctionnent, soit il ment de manière délibérée au public. L'énergie nucléaire et les énergies renouvelables ne peuvent pas être combinées." C’est cela qu’il faut dire aux français si on veux être honnête avec eux. Et si on est démocrate, il convient de
laisser aux français la liberté de choisir entre l’une ou l’autre de ces options au lieu de leur faire croîre qu'il n'y a pas le choix, que la voie du
nucléaire est
incontournable. EELV demande un référendum du type de celui qui a eu lieu en Italie, mais il est vrai qu'un douloureux problème de fond se pose alors pour les amoureux du
nucléaire dont vous faîtes partie: à coût égal, si on a le choix entre d'un coté le nucléaire, c'est à une énergie non durable (et jamais sûre à 100%, même avec les plus hauts standards de
sûreté, car le risque zéro n'existe pas) et de l'autre coté un bouquet de 7 énergies renouvelables durables fonctionnant de manière symbiotique, quel sera le choix des françaises et des
français ? Ils ont déjà répondu: 62% d'entre eux souhaitent sortir du nucléaire en 20 ou 25 ans, 15% souhaitent sortir encore plus
rapidement, soit un total de 77% de français favorables à la sortie du nucléaire; tandisque seuls 22% souhaitent poursuivre le programme nucléaire français. Guy Lagache a rappelé à
très juste titre ce sondage IPSOS durant l'émission.
Monsieur Besson, vous comparez le coût du kWh de centrales amorties avec celui de centrales non amorties (ce qui est sur le plan déontologique inadmissible), et vous affirmez de manière récurrente dans les médias que « l’éolien coûte deux fois plus cher que le nucléaire, et le solaire, 10 fois plus. » Le coût de production du kWh nucléaire est aujourd’hui d’environ 4,2 centimes en France, mais il s’agit de centrales qui ont été construites il y a 20 ou 30 ans et donc amorties, comme le souligne à juste titre Guy Lagache durant l’émission. Ces 4,2 centimes ne reflètent donc que le coût 0&M, ainsi qu’une provision sur le démantèlement, provision très vraissemblablement sous-estimée. Les 4,2 centimes n’incluent pas la R&D, financée intégralement par les impôts des français. Les 4,2 centimes n’incluent pas la possibilité d’une catastrophe de type Fukushima en France, rendant inhabitable plus de 1000 kilomètres-carrés, ils n’incluent pas l’indemnisation des victimes potentielles, obligées d’abandonner leur maison et leurs entreprises pour des décennies. Ils ne l'incluent pas car les nucléaristes considèrent cela comme impossible. Au Japon, TEPCO n’avait pas prévu la possibilité de cette catastrophe, elle était considérée comme impossible...Mais elle a eu lieu. Et ce sont les impôts des citoyens japonais qui vont être mobilisés pour indemniser les milliers de victimes. La facture s'élève à des milliards et des milliards d'euros.
Comparons ce qui est comparable : le coût de production du kWh nucléaire EPR est selon EDF d’environ 6 centimes (sans intégrer ni la R&D ni la gestion des déchets toxiques sur des milliers d’années, etc.), celui de l’éolien est entre 4 et 8 centimes (soit une moyenne de fourchette de 6 centimes), en fonction du gisement éolien des sites considérés, celui du solaire entre 15 et 30 centimes en fonction du gisement solaire et aussi de la taille de l’installation (en toiture chez un particulier ou au sol). Le tarif d’achat en France de l’éolien terrestre est de 8 centimes, mais un tarif d’achat ce n’est pas un coût de production ! Idem pour le solaire.
Source: rapport du GIEC sur les énergies renouvelables, rendu public le 14 juin 2011. http://srren.ipcc-wg3.de/
Le coût du kWh éolien dépend du gisement éolien (capacity factor) ainsi que du taux d'intérêt pour le remboursement de l'investissement initial. Attention, l'unité utilisée ici est le dollar. 1$ = 0,7€. Ci-dessous, coût du kWh du solaire photovoltaïque.
De plus, Monsieur Besson, votre approche est statique: vous n’intègrez pas le fait que le coût de production kWh nucléaire ne fait qu’augmenter d’année en année, tandis que le coût de l’éolien et du solaire ne fait que décroître. Dès aujourd’hui, le kWh nucléaire n’est plus compétitif face aux centrales au gaz naturel aux USA, le PDG d’EDF l’a lui-même reconnu. Pour le géant américain GE, le kWh solaire sera compétitif avec le kWh nucléaire dans 5 ans [18].
Source: rapport du GIEC sur les énergies renouvelables, rendu public le 14 juin 2011. http://srren.ipcc-wg3.de/
Sur la forme, Monsieur Besson, la façon dont vous avez
quitté le plateau d’M6 laisse perplexe. Pensez-vous que c’est en fuyant face aux questions dérangeantes et donc pertinentes d’un journaliste que vous rendez service aux français qui
s’interrogent sur la sûreté et le coût du nucléaire qui a envahi la France et dont nous sommes à présent otages ? En tant que ministre, vous êtes au service des français, c'est-à-dire pas
dire pas uniquement au service des intérêts de quelques industriels. L’Allemagne et l’Italie, face à la tentation de l’oligarchie nucléocratique, ont montré que leurs démocraties sont
en bonne santé. Dans une tribune dans le journal Le Monde
[19], Nicolas Bouzou a noté à juste titre que
"l'Allemagne réagit comme une société libérale ouverte au sens de Karl Popper. Comme en Allemagne, ouvrons le débat sur le nucléaire en France" Karl
Popper écrivait: « La politique est une hypothèse qui doit être révisée à la lumière de l'expérience (...) La démocratie n'est rien d'autre qu'un système de
protection contre la dictature » Etes vous, Monsieur
Besson, un artisan démocrate au sens poppérien, c'est à dire à l'écoute des français et prêt à revoir la politique énergétique française à la lumière de leur aspirations et des
retours d'expérience, ou êtes vous au contraire le représentant d'une
oligarchie militaro-industrielle
nucléocratique d'une autre époque ? Corinne Lepage, profondément démocrate, a déclaré ce samedi
matin sur Europe 1: «De la part du ministre qui a l’autorité de tutelle sur la sûreté nucléaire, c’est quand même extrêmement
inquiétant. S’il refuse de s’expliquer et de répondre à des questions simples et assez banales sur les failles éventuelles de la sécurité (…) cela veut dire soit qu’il ne sait pas répondre et
donc qu’il est incompétent, ce qui est embêtant à son poste, soit qu’il ne peut pas répondre car il ne sait pas comment dire les choses et dans les deux cas c’est très mauvais».
Pour le sociologue spécialiste des médias Dominique Wolton, votre attitude frôle l’indécence: «Quand on parle d’un sujet aussi grave que le nucléaire, surtout
après Fukushima, les hommes politiques se doivent d’être modestes, pédagogues et rassurants. Il existe certains événements qui interdisent l’arrogance politique» [20]
Et Guy Lagache d'ajouter: « Sur une question, centrale aujourd’hui, sur le
nucléaire, par rapport aux questions que se posent légitimement les gens à la suite des événements qu’il y a eu au Japon, je suis stupéfait qu’un ministre de la République en charge de
l’Industrie puisse quitter une émission où l’on parle de la sûreté des centrales nucléaires en France. Je ne pensais pas qu’il partirait. Je ne faisais
que mon travail de journaliste en lui posant honnêtement et simplement des questions sur le sujet. C’est la première fois dans ma carrière qu’un ministre quitte mon plateau.
»
De votre côté vous avez déclaré « je n’ai rien à craindre qu'M6 diffuse mon
intervention (...) cool cool comme disent les jeunes ». Est-ce un discours à la hauteur d'un ministre chargé de l'énergie dans un contexte post-Fukushima ? Ce qui est
sûr, c'est que pendant ce temps là, la France demeure l'un des pays européens qui investit le moins dans les énergies renouvelables, comme l'a souligné un rapport récent de Pew
Environnement [21] En 2010 la France a consacré 10 fois moins d'investissements par dollar de
PIB que l'Allemagne, 5 fois moins que l'Italie, 4 fois moins que la Chine, 3 fois moins que la Canada, 2,5 fois moins que l'Australie, 2,3 fois moins que l'Espagne et le Brésil, 2 fois
moins le reste de l'Europe (UE27 sans Allemagne, Italie, Espagne et France), et 1,5 fois moins que les USA. La France a consacré seulement 0,15% de son PIB aux énergies
renouvelables.
Et aujourd'hui, 18 juin
2011, une plainte vient d'être déposée par Me Gilbert Collard contre l'état français: "La politique mise en place a été un piège pour les entreprises du
photovoltaïque. On les a entraînées dans cette aventure, en les alléchant, elles ont accepté, elles ont investi et à un moment donné, on leur a dit: "C'est bien gentil de votre part,
mais maintenant, on n'a plus besoin de vous", [22] En France, la triste réalité est que l'oligarchie nucléaire freine tellement le solaire et l'éolien qu'ils ne pèsent aujourd'hui respectivement que 0,1% et 1,7% du
mix électrique. C'est ridiculement faible compte-tenu du colossal potentiel solaire et éolien de notre pays et du savoir-faire technologique de nos
industriels. 2% du territoire national en parc
éolien (10 MW / km2), y compris en comptant les espaces entre les éoliennes qui peuvent être cultivés, sont suffisants pour répondre aux 2/3 de la demande électrique nationale.
Les chercheurs allemands arrivent à des conclusions similaires outre-Rhin [23]. Et avec le solaire photovoltaïque, 1 millième de la surface nationale est suffisante pour répondre au 1/3
restant. La complémentarité de l'éolien et du solaire est parfaite. Sans compter les autres EnR: énergie marémotrice gravitaire et cinétique, énergie houlomotrice, biomasse, géothermie,
hydroélectricité au fil de l'eau (y compris microhydraulique), solaire CSP, etc.
Monsieur le ministre, vous pouvez
montrer aux français que vous êtes capable de corriger le tir. Les énergies renouvelables constituent un énorme gisement d'emplois durables. 1 TWh d'éolien ou de solaire dans un mix électrique, c'est beaucoup plus d'emplois qu'1 TWh nucléaire
(Source: PNUE [24]). Et le marché mondial des CleanTechs est colossal, la France a
tout intérêt à s'y investir. Les allemands l'ont bien compris, et ils exportent massivement leurs écotechnologies vers le monde
entier. Les français ne sont pas condamnés à faire moins bien. Mieux, français et allemands, mais aussi nos autres partenaires
européens peuvent unir leurs forces et contribuer à
faire de l'Europe un champion industriel mondial des énergies vertes. Comme le demande Serge Orru, directeur général du
WWF, "et si on créait un EADS des énergies renouvelables ?" [25]
Paris, 18 juin 2011
Cosigné par Agnès Gaubert, des Amis d'Europe Ecologie
et Olivier Daniélo, fondateur d'Objectif Terre des Hommes
Lire aussi:
Eric Besson: "Je vous le dis, votre vraie grande énergie renouvelable gratuite, c'est la démagogie!" - Réponse d'Agnès Gaubert & Olivier Daniélo
Moins de nucléaire = davantage d'énergies fossiles ? Réponse à Eric Besson et Jean-Marc Jancovici
"Le nucléaire n'est pas compatible avec les énergies renouvelables" (Etude du cabinet Heinrich Böll Stiftung)
http://www.electron-economy.org/article-le-nucleaire-n-est-pas-compatible-avec-les-energies-renouvelables-etude-du-cabinet-heinrich-bol-stiftung-69702606.html

"Une
électricité 100% renouvelable est possible pour l'Allemagne et l'Europe à horizon 2050 (et même 2030 si nécessaire). Le système reposera principalement sur l'éolien et le solaire. Les
interconnexions et le pompage-turbinage joueront un rôle crucial."
Olav Hohmeyer, professeur en sciences des ressources naturelles et énergétiques à l'Université de Flensburg, membre du German Advisory Council on the Environment et membre du
GIEC

"Il est possible de répondre à 100% de la demande énergétique mondiale de l'humanité avec un mix Wind Water Sun, ceci en utilisant
0,59% de la surface terrestre continentale, et à horizon 2030. Un tel mix conduit à réduire de 30% la consommation énergétique du fait de la haute efficacité des systèmes électriques
comparativement aux systèmes à combustion."
Mark Jacobson, directeur du département énergie et atmosphère à Stanford

« Les problèmes du monde ne
peuvent pas êtres résolus par les sceptiques ou les cyniques dont l'horizon est limité par les réalités évidentes. Nous avons besoin d'hommes capables d'imaginer ce qui n'a jamais existé (...) Le
changement est la loi de la vie. Et ceux qui ne regardent que dans le passé ou le présent sont certains de rater le futur (...) L'esprit humain est notre ressource fondamentale »
John Fitzgerald Kennedy

"Il y avait ceux qui disaient que l'homme ne volerait jamais. Et ceux qui levaient les yeux au ciel et affirmaient que l'homme ne marchera jamais sur la lune.
D'autres qui s'interrogeaient de savoir si chacun avait besoin d'un ordinateur dans sa maison. Et nombreux n'imaginaient pas un monde autrement connecté que par des câbles. L'histoire abonde de
visionnaires qui ont rencontré des personnes négatives, sceptiques et sans espérance. L'histoire abonde aussi de personnes qui ont construit leur propre chemin, qui ont suivi leurs rêves, et qui
ont dépassé les frontières des esprits étroits. Aujourd'hui il y a ceux qui disent que l'énergie ne peut pas être à la fois propre et abondante, que nous ne pouvons pas répondre aux besoins de
chaque être humain, partout sur terre. Mais avec des convictions, de l'inventivité et de la persévérance, nous pouvons faire des choses formidables. Nos visions peuvent être réalisées, nos
problèmes peuvent être résolus. Nous pouvons changer le monde de l'énergie. Nous pouvons changer, le monde."
K. R. Sridhar, Ex-directeur du laboratoire des technologies spatiales à la NASA, et fondateur de Bloom Energy

"Ce sont davantage que des ingénieurs. Ce sont des imagineurs"
Shaï Agassi, BetterPlace

"Tenter de faire croire qu'il n'existe pas d'alternatives aux énergies fossiles et au nucléaire relève de la pollution des esprits"
Hermann Scheer

"Le futur, ce sont ces mots, "restaurer", "reconnecter", "les gens", "communautés", "opportunités de croissance", "technologies pour la nature", "business
vert"
Peter Kareiva, directeur scientifique au sein de The Nature Conservancy, la plus importante ONG environnementale de la planète

« Le découplage ne signifie pas un arrêt de la croissance.
Il consiste à faire plus avec moins »
Ernst U. von Weizsäcker, co-président, Panel international des ressources du PNUE et ancien président de la
Commission de l'environnement du Bundestag

« (...) On ne fixe par un objectif chiffré pour augmenter l’espérance de vie humaine. Ce que nous pouvons faire, c’est agir
dans la lutte contre telle ou telle maladie…La progression de l’espérance de vie suit ensuite, doucement. De la même manière nous ne devrions pas déclarer “nous allons réduire les emissions
de CO2 de x % pour telle date". Quand, grâce à l’innovation scientifique, nous aurons des éco-technologies bon marché, elles pénètreront sur le marché…et les émissions de CO2 baisseront,
doucement. »
Roger Pielke Jr, professeur de sciences environnementales à l'université de Boulder, Colorado

"(...) Les énergies renouvelables sont la quitessence de l'énergie démocratique. Mon conseil est d'investir tout ce que nous avons
dans un système énergétique intellligent et durable, en dépit de la crise financière. Et presque comme un effet secondaire, nous résoudrons alors la crise climatique (...)"
John Schellnhuber, directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research



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