Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 18:50
- ECRIRE UN COMMENTAIRE - Publié dans : PRESIDENTIELLE 2012

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Question à Eric Besson, ministre de l’énergie:


Avez-vous pris connaissance du rapport du GIEC sur les renouvelables avant de vous rendre sur le plateau de Capital (M6) ?

 

null120 experts internationaux du GIEC(IPCC) viennent de publier un rapport [1] majeur sur les énergies renouvelables, rapport de 1544 pages faisant la synthèse de la littérature scientifique sur le sujet dont la principale conclusion est que le monde peut passer à 80% d’énergies renouvelables à horizon 2050, et que cela coûtera moins de 1% du PIB mondial.

 

Dans ce contexte, Monsieur Besson, votre intervention sur le plateau de Guy Lagache [2], apparaît comme particulièrement décalée, tant sur le fond que sur la forme.

 

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000003623_5.jpg Dans « L’usine à GES » n°77 de mai 2011, « la lettre des professionnels du changement climatique » [3], Antoine Bonduelle, qui fait partie des experts reviewers (relecteurs) de ce rapport du Giec déclare: « Les mauvais prospectivistes en général nous disent que nous n’avons pas le choix, comme si la politique devait s’incliner devant les experts [nucléaires, ndlr]. Mais, de Solow à Lovins, d’autres auteurs nous disent, au contraire, que nous avons une palette de solutions parmi lesquelles nous devons d’abord choisir les plus simples politiquement et les mieux placées économiquement. Clairement, cela donne la priorité aux économies d’énergie. Ensuite, nous disposons de sept énergies renouvelables qui  peuvent répondre largement aux besoins de l’Humanité. Le rapport nous indique que l’empreinte carbone du nucléaire n’a rien de négligeable, pour un potentiel à terme bien moindre que, par exemple, celui du photovoltaïque. Enfin, les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), même couplées à des systèmes de captage et de stockage géologique de CO2,  émettent tout de même du carbone et se renchérissent. Donc, si l’on veut vraiment que l’Humanité divise par deux ses émissions (voire au-delà) au coût le plus bas, la voie est toute tracée : investir dans les renouvelables. Le reste n’est que littérature… non scientifique (...) »

 

Monsieur Besson, vos différentes interventions dans les médias, y compris sur le plateau de Capital, reposent systématiquement sur trois piliers :

 

Pilier 1 : La part des énergies renouvelables ne peut être que marginale étant donné qu’elles sont intermittentes. « Les énergies renouvelables apportent un complément mais ne permettent pas de fournir le socle permanent de l'électricité dont un pays a besoin. »

  

nullSelon vous, la part des énergies renouvelables (EnR) ne pourrait être que marginale, qu’en appoint. Selon vous, les EnR ne peuvent pas être au cœur d’un mix énergétique. Cette affirmation est démentie par les faits : l’Espagne produit dès aujourd’hui environ 40% de son électricité avec les EnR (l'éolien avoisine les 20% du mix espagnol, avec parfois des pointes dépassant 50%, ceci sans déstabiliser le réseau électrique), et la Navarre 80% [4]. La Commissaire européenne au climat, parfaitement en phase avec les conclusions du GIEC, a affirmé il y a quelques semaines que « 80% d'électricité renouvelables dans l’UE à horizon 2050 est tout à fait faisable ».

 

Ajoutons que l’Agence Internationale de l’Energie vient de publier le rapport Harnessing Variable Renewables -- A Guide to the Balancing Challenge où est souligné que null« Ceux qui affirment que de hauts niveaux de renouvelables constituent un challenge impossible à relèver pour les gestionnaires de réseaux électriques devraient y regarder de plus près » [5] [6]   Le Danemark, par exemple, avec les systèmes de flexibilité déjà en place, peut intègrer aujourd'hui 63% d'éolien selon ce rapport de l'AIE. Bien entendu, comme le souligne le rapport, enulln ajoutant des sytèmes de flexibilité supplémentaires, on peut dépasser ces 63% d'éolien. Le rapport  indique qu’il existe quatre solutions, quatre systèmes de flexibilité pour gérer l’intermittence de l’éolien et du solaire photovoltaïque:
- Demand side = gestion de la demande, par exemple avec les smart grid V2G/G2V (véhicules électriques), lire à ce sujet la revue Systèmes solaires n°202, [7]
- Interconnection: liaisons entre réseaux électriques de pays voisins, via HVDC (supergrid). Il s'agit de "stockage virtuel."
- Storage = systèmes de stockage réversible type pompage-turbinage, dihydrogène, air comprimé, batteries, stockage thermique. Notons d'ailleurs que les ingénieurs allemands dch4.pngéveloppent actuellement un système permettant de produire du méthane à partir d'eau, de C02, et d'électricité éolienne ou solaire. Ils produisent du méthane éolien ! [8]

- Dispatchable plant: centrale à gaz naturel (qui émettent deux fois moins de C02 par unité d'électricité produite que les centrales à charbon ou au fioul), lacs de barrage, etc. GE a mis au point la technologie "FlexEfficiency" [9], une technologie inspirée des moteurs à réaction, permettant de passer de 0 à 50 MW en une minute (flexibilité), ce qui est excellent pour faire face aux variations rapides de l'éolien et du solaire. Le rendement de la centrale FlexEfficiency est de plus très elevé: plus de 61% en appoint, c'est à dire avec redémarrages fréquents (contre entre 46% pour les centrales à gaz d'appoint classiques et 28% pour les plus anciennes). La chaleur résiduelle peut de plus être récupérée.


nullL’île d’El Hierro (Canaries) va devenir 100% autonome début 2012 grâce à une symbiose éolien / STEP à eau de mer (Lire à ce sujet le dossier publié dans la revue Systèmes Solaire n°201, [10]). L’île d’Aurigny va devenir autonome grâce à une symbiose énergie des marées / STEP à eau de mer, lire à ce sujet le dossier qui va être publié par le Journal de l'éolien n°9 fin juin 2011, [11]. Contrairement à ce que vous affirmez à Guy Lagache durant l’émission, il n’y a pas besoin d’avoir des fleuves ou des rivières pour faire de l’hydraulique et gérer l’intermittence de l’éolien ou du solaire. Il n’a de fleuves ni à El Hierro, ni à Aurigny. On peut faire de l’hydraulique sur les falaises de Normandie ou de Corse. On peut faire de l’hydraulique  partout où il y a un dénivelé d’au moins 50 mètres pour créer un bassin haut et un bassin bas. L’hydraulique au fil de l’eau, sur les fleuves, dont vous parlez Monsieur Besson, est une énergie intermittente qui varie au fil des précipitations. Il est triste de constater que vous ignorez les réflexions sur les STEP à eau de mer menées par l’association Hydrocoop [12], association fondée par François Lempérière, polytechnicien président du comité de réduction des coûts à la Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB).  

Pilier 2 : « Etant donné que les énergies fossiles constituent 85% du mix énergétique mondial, les énergies renouvelables ne peuvent être que marginales et le nucléaire est donc indispensable »

 

Le second argument dans votre raisonnement, Monsieur Besson, repose sur la constatation que les énergies fossiles constituent 85% du mix énergétique mondial actuel et que les énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire ne pèsent aujourd’hui que pour une faible part de ce mix. Vous en déduisez que le monde n’a le choix qu’entre les énergies fossiles et le nucléaire. Ce raisonnement est profondément erroné car on ne peut pas préjuger de l’évolution future d’un mix énergétique en se basant uniquement sur l’état de ce mix à un instant t. Sinon c’est considérer que toute évolution est impossible ! Si on s’était basé sur l’état du mix électrique de la France en 1970 pour évaluer le potentiel du nucléaire à l’échelle française, le nucléaire ne serait jamais passé de 0% en 1970 à 80% 30 ans plus tard. Ce qui est pertinent, c’est de regarder le potentiel des différentes filières (sur la base de leur ressource, de leur distribution géographique etc.) et leurs taux de croissance depuis 10 ans. La ressource en Uranium 235 est très limitée [13], le peak Uranium approche à grands pas. Au contraire, les ressources solaires et éoliennes sont illimitées à l’échelle des besoins de l’humanité. Le taux de croissance du nucléaire depuis 10 ans est proche de zéro (les délais de construction sont extrêmements longs, les capitaux à réunir sont colossaux et le nucléaire a un problème avec la démocratie). Le taux de croissance de l’éolien ces 10 dernières années est supérieur à 25% par an, et celui du solaire est encore supérieur.

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Source: GIEC 2011 - http://srren.ipcc-wg3.de/

 

Pilier 3 : « Le nucléaire est très sûr ET bon marché»

 

Les arguments techniques que vous avez cru bon mettre en avant pour discréditer les énergies renouvelables et les bouter dans la marginalité sont erronés. Reste l'argument économique.  Mais en premier lieu, quel est le coût d’une vie humaine ? Et quel est le coût d'un secteur géographique, par exemple les Gorges de l'Ardèche et la Vallée du Rhône, rendu getfile.jpginhabitable  suite à une catastrophe nucléaire ? Comme le souligne le polytechnicien Bernard Laponche dans le cadre d'une superbe interview dans Télérama [14], "Il est urgent de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas la vie".  

 

 Jacques Repussard, directeur général de l'IRSN, organisme qui rassemble 1500 experts et chercheurs, a indiqué dans le Figaro [15]: « (...) Ce qui est choquant c'est d'entendre dire que l'énergie nucléaire est un secteur stratégique pour la France et de constater qu'on n'y consacre pas l'effort nécessaire pour a42a8bbe-9916-11e0-83d0-6311d46fe47f.jpgl'amener au meilleur niveau. Certes, cela représente de gros investissements, aussi bien pour construire de nouvelles centrales que pour démanteler progressivement les anciennes. Mais compte tenu de l'enjeu, la question du prix du kilowattheure me paraît secondaire. »  Soyons clairs : le coût de production d’un kWh sortant d’une installation nucléaire obéissant aux plus hauts standards de sûreté n’est pas compétitif. La sûreté, cela a un coût. Pour tenter d’être compétitive, l’industrie nucléaire n’a pas d’autre choix que de grignoter sur la sûreté. Le nucléaire low-cost est compétitif mais fait l'impasse des plus hauts standards de sûreté. On a vu le résultat avec TEPCO à Fukushima. Aujourd’hui, l’eau de Fukushima est tellement radioactive que l’usine de décontamination d’AREVA a été arrêtée après 5 heures de fonctionnement [16]. Et en France, cette course à la rentabilité conduit au recours à la sous-traitance. Guy Lagache s'aprêtait à vous faire visionner un témoignage à ce sujet mais vous avez fuit du plateau de Capital à ce moment précis. Le nucléaire, pour des raisons de sûreté, est intrinsèquement incompatible avec l’économie de marché. Le nucléaire n'est pas bon marché ET hyper-sûr. Il est soit bon marché mais peu sûr, ou alors moins risqué mais pas compétitif. C'est soit l'un, soit l'autre. L'économie de marché, par le jeu de la libre concurrence, conduit de facto à sacrifier la sûreté. Avec le parc nucléaire mondial actuel, l’occurrence réelle d’un accident nucléaire majeur est environ 300 fois supérieure à l’occurrence théorique calculée par les experts nucléaristes [17]. Avec le parc nucléaire actuel, la probabilité d'une grave catastrophe nucléaire en Europe, et a fortiori en France, pays qui compte 58 réacteurs, est loin d'être négligeable. L'EPR français est peut-être un peu plus sûr que d'autres technologies nucléaires (cela reste à démontrer car il n'y a aucun retour d'expérience et des rapports d'experts anglais et finlandais ont pointé des problèmes de conception), mais il coûte plus cher, d'où le cuisant échec commercial de la France à Abu Dhabi. La question de fond qui se pose est la suivante: veut-on un nucléaire hyper-sûr ou hyper bon-marché en France ? Et si on veut un nucléaire hyper-sûr, l'option nucléaire est-elle pertinente étant donné que l'on peut produire de l'électricité renouvelable en masse à un coût comparable ?  

  

Les français ont le droit de connaître la réalité de la problématique qui se pose à notre pays: la France va devoir dans les années qui viennent:

- soit remplacer son parc électronucléaire vieillissant par des EPR,

- soit passer à un bouquet diversifié et symbiotique d'énergies renouvelables. Dans les deux cas l'électricité coûtera un peu plus cher qu'aujourd'hui, car le coût actuel est artificiellement bas du fait que le parc électronucléaire  français est ancien et donc déjà amorti. C’est cela qu’il faut dire aux français si on veux être honnête avec eux.

  Précisons que le nucléaire, très peu flexible, est incompatible avec des EnR comme le photovoltaïque ou l'éolien. _stop-biocarburant-allemagne_s.jpg Siegmar Gabriel, Ministre fédéral de l'environnement en Allemagne: "Si quelqu'un déclare publiquement que le nucléaire est nécessaire en électricité de base, à cause des fluctuations de l'éolien et du solaire sur le réseau, soit il n'a pas compris comment un réseau électrique ou une centrale nuclaire fonctionnent, soit il ment de manière délibérée au public. L'énergie nucléaire et les énergies renouvelables ne peuvent pas être combinées." C’est cela qu’il faut dire aux français si on veux être honnête avec eux. Et si on est démocrate, il convient de laisser aux français la liberté de choisir entre l’une ou l’autre de ces options au lieu de leur faire croîre qu'il n'y a pas le choix, que la voie du nullnucléaire est incontournable. EELV demande un référendum du type de celui qui a eu lieu en Italie, mais il est vrai qu'un douloureux problème de fond se pose alors pour les amoureux du nucléaire dont vous faîtes partie: à coût égal, si on a le choix entre d'un coté le nucléaire, c'est à une énergie non durable (et jamais sûre à 100%, même avec les plus hauts standards de sûreté, car le risque zéro n'existe pas) et de l'autre coté un bouquet de 7 énergies renouvelables durables fonctionnant de manière symbiotique, quel sera le choix des françaises et des français ? Ils ont déjà répondu: 62% d'entre eux souhaitent sortir du nucléaire en 20 ou 25 ans, 15% souhaitent sortir encore plus rapidement, soit un total de 77% de français favorables à la sortie du nucléaire; tandisque seuls 22% souhaitent poursuivre le programme nucléaire français. Guy Lagache a rappelé à très juste titre ce sondage IPSOS durant l'émission. 

  

Monsieur Besson, vous comparez le coût du kWh de centrales amorties avec celui de centrales non amorties (ce qui est sur le plan déontologique inadmissible), et vous affirmez de manière récurrente dans les médias que « l’éolien coûte deux fois plus cher que le nucléaire, et le solaire, 10 fois plus. »  Le coût de production du kWh nucléaire est aujourd’hui d’environ 4,2 centimes en France, mais il s’agit de centrales qui ont été construites il y a 20 ou 30 ans et donc amorties, comme le souligne à juste titre Guy Lagache durant l’émission. Ces 4,2 centimes ne reflètent donc que le coût 0&M, ainsi qu’une provision sur le démantèlement, provision très vraissemblablement sous-estimée. Les 4,2 centimes n’incluent pas la R&D, financée intégralement par les impôts des français. Les 4,2 centimes n’incluent pas la possibilité d’une catastrophe de type Fukushima en France, rendant inhabitable plus de 1000 kilomètres-carrés, ils n’incluent pas l’indemnisation des victimes potentielles, obligées d’abandonner leur maison et leurs entreprises pour des décennies. Ils ne l'incluent pas car les nucléaristes considèrent cela comme impossible.  Au Japon, TEPCO n’avait pas prévu la possibilité de cette catastrophe, elle était considérée comme impossible...Mais elle a eu lieu. Et ce sont les impôts des citoyens japonais qui vont être mobilisés pour indemniser les milliers de victimes. La facture s'élève à des milliards et des milliards d'euros.

 

Comparons ce qui est comparable : le coût de production du kWh nucléaire EPR est selon EDF d’environ 6 centimes (sans intégrer ni la R&D ni la gestion des déchets toxiques sur des milliers d’années, etc.), celui de l’éolien est entre 4 et 8 centimes (soit une moyenne de fourchette de 6 centimes), en fonction du gisement éolien des sites considérés, celui du solaire entre 15 et 30 centimes en fonction du gisement solaire et aussi de la taille de l’installation (en toiture chez un particulier ou au sol). Le tarif d’achat en France de l’éolien terrestre est de 8 centimes, mais un tarif d’achat ce n’est pas un coût de production ! Idem pour le solaire.

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Source: rapport du GIEC sur les énergies renouvelables, rendu public le 14 juin 2011. http://srren.ipcc-wg3.de/

Le coût du kWh éolien dépend du gisement éolien (capacity factor) ainsi que du taux d'intérêt pour le remboursement de l'investissement initial.  Attention, l'unité utilisée ici est le dollar. 1$ = 0,7€. Ci-dessous, coût du kWh du solaire photovoltaïque.

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De plus, Monsieur Besson, votre approche est statique: vous n’intègrez pas le fait que le coût de production kWh nucléaire ne fait qu’augmenter d’année en année, tandis que le coût de l’éolien et du solaire ne fait que décroître. Dès aujourd’hui, le kWh nucléaire n’est plus compétitif face aux centrales au gaz naturel aux USA, le PDG d’EDF l’a lui-même reconnu. Pour le géant américain GE, le kWh solaire sera compétitif avec le kWh nucléaire dans 5 ans [18].

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Source: rapport du GIEC sur les énergies renouvelables, rendu public le 14 juin 2011. http://srren.ipcc-wg3.de/

   

Sur la forme, Monsieur  Besson, la façon dont vous avez quitté le plateau d’M6 laisse perplexe. Pensez-vous que c’est en fuyant face aux questions dérangeantes et donc pertinentes d’un journaliste que vous rendez service aux français qui s’interrogent sur la sûreté et le coût du nucléaire qui a envahi la France et dont nous sommes à présent otages ? En tant que ministre, vous êtes au service des français, c'est-à-dire pas dire pas uniquement au service des intérêts de quelques industriels. L’Allemagne et l’Italie, face à la tentation de l’oligarchie nucléocratique, ont montré que leurs démocraties sont en bonne santé. Dans une tribune dans le journal Le Monde Photo-20NO.jpg [19], Nicolas Bouzou a noté à juste titre que "l'Allemagne réagit comme une société libérale ouverte au sens de Karl Popper. Comme en Allemagne, ouvrons le débat sur le nucléaire en France"  Karl Popper écrivait: « La politique est une hypothèse qui doit être révisée à la lumière de l'expérience (...) La démocratie n'est rien d'autre qu'un système de protection contre la dictature »  Etes vous, Monsieur Besson, un artisan démocrate au sens poppérien, c'est à dire à l'écoute des français et prêt à revoir la politique énergétique française à la lumière de leur aspirations et des retours d'expérience, ou êtes vous au contraire le représentant d'une oligarchie militaro-industrielle CORINNE-20LEPAGE.jpg nucléocratique d'une autre époque ? Corinne Lepage, profondément démocrate, a déclaré ce samedi matin sur Europe 1: «De la part du ministre qui a l’autorité de tutelle sur la sûreté nucléaire, c’est quand même extrêmement inquiétant. S’il refuse de s’expliquer et de répondre à des questions simples et assez banales sur les failles éventuelles de la sécurité (…) cela veut dire soit qu’il ne sait pas répondre et donc qu’il est incompétent, ce qui est embêtant à son poste, soit qu’il ne peut pas répondre car il ne sait pas comment dire les choses et dans les deux cas c’est très mauvais». Pour le sociologue spécialiste des médias Dominique Wolton, votre attitude  frôle l’indécence: «Quand on parle d’un sujet aussi grave que le nucléaire, surtout après Fukushima, les hommes politiques se doivent d’être modestes, pédagogues et rassurants. Il existe certains événements qui interdisent l’arrogance politique» [20]

1498175_photo-1308400269661-1-0_640x280.jpg Et Guy Lagache d'ajouter:  « Sur une question, centrale aujourd’hui, sur le nucléaire, par rapport aux questions que se posent légitimement les gens à la suite des événements qu’il y a eu au Japon, je suis stupéfait qu’un ministre de la République en charge de l’Industrie puisse quitter une émission où l’on parle de la sûreté des centrales nucléaires en France.  Je ne pensais pas qu’il partirait. Je ne faisais que mon travail de journaliste en lui posant honnêtement et simplement des questions sur le sujet. C’est la première fois dans ma carrière qu’un ministre quitte mon plateau. »
De votre côté vous avez déclaré « je n’ai rien à craindre qu'M6 diffuse mon intervention (...) cool cool comme disent les jeunes ». Est-ce un discours à la hauteur d'un ministre chargé de l'énergie dans un contexte post-Fukushima ? Ce qui est sûr, c'est que pendant ce temps là, la France demeure l'un des pays européens qui investit le moins dans les énergies renouvelables, comme l'a souligné un rapport récent de Pew Environnement [21] En 2010 la France a consacré 10 fois moins d'investissements par dollar de PIB que l'Allemagne, 5 fois moins que l'Italie, 4 fois moins que la Chine, 3 fois moins que la Canada, 2,5 fois moins que l'Australie, 2,3 fois moins que l'Espagne et le Brésil, 2 fois moins le reste de l'Europe (UE27 sans Allemagne, Italie, Espagne et France), et 1,5 fois moins que les USA. La France a consacré seulement 0,15% de son PIB aux énergies renouvelables.

 

breve12222a.jpg Et aujourd'hui, 18 juin 2011, une plainte vient d'être déposée par Me Gilbert Collard contre l'état français: "La politique mise en place a été un piège pour les entreprises du photovoltaïque. On les a entraînées dans cette aventure, en les alléchant, elles ont accepté, elles ont investi et à un moment donné, on leur a dit: "C'est bien gentil de votre part, mais maintenant, on n'a plus besoin de vous", [22] En France, la triste réalité est que l'oligarchie nucléaire freine tellement le solaire et l'éolien qu'ils ne pèsent aujourd'hui respectivement que 0,1% et 1,7% du mix électrique. C'est ridiculement faible compte-tenu du colossal potentiel solaire et éolien de notre pays et du savoir-faire technologique de nos industriels. 2% du territoire national en parc éolien (10 MW / km2), y compris en comptant les espaces entre les éoliennes qui peuvent être cultivés, sont suffisants pour répondre aux 2/3 de la demande électrique nationale. Les chercheurs allemands arrivent à des conclusions similaires outre-Rhin [23]. Et avec le solaire photovoltaïque, 1 millième de la surface nationale  est suffisante pour répondre au 1/3 restant. La complémentarité de l'éolien et du solaire est parfaite. Sans compter les autres EnR: énergie marémotrice gravitaire et cinétique, énergie houlomotrice, biomasse, géothermie, hydroélectricité au fil de l'eau (y compris microhydraulique), solaire CSP, etc. 

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Monsieur le ministre, vous pouvez montrer aux français que vous êtes capable de corriger le tir. Les énergies renouvelables constituent un énorme gisement d'emplois durables. 1 TWh d'éolien ou de solaire dans un mix électrique, c'est beaucoup plus d'emplois qu'1 TWh nucléaire (Source: PNUE [24]). Et le marché mondial des CleanTechs est colossal, la France a tout intérêt à s'y investir. Les allemands l'ont bien compris, et ils exportent massivement leurs écotechnologies vers le monde entier. Les français ne sont pas condamnés à faire moins bien. Mieux, français et allemands, mais aussi nos autres partenaires européens peuvent unir leurs forces et contribuer à 100317164230.jpgfaire de l'Europe un champion industriel mondial des énergies vertes. Comme le demande Serge Orru, directeur général du WWF, "et si on créait un EADS des énergies renouvelables ?" [25] 

 

Paris, 18 juin 2011

Cosigné par Agnès Gaubert, des Amis d'Europe Ecologie

et Olivier Daniélo, fondateur d'Objectif Terre des Hommes


Lire aussi:

Eric Besson: "Je vous le dis, votre vraie grande énergie renouvelable gratuite, c'est la démagogie!" - Réponse d'Agnès Gaubert & Olivier Daniélo

http://www.electron-economy.org/article-eric-besson-je-vous-le-dis-votre-vraie-grande-energie-renouvelable-gratuite-c-est-la-demagogie-70519315.html

Moins de nucléaire = davantage d'énergies fossiles ? Réponse à Eric Besson et Jean-Marc Jancovici

http://www.electron-economy.org/article-eric-besson-et-jean-marc-jancovici-un-couple-radio-et-tele-actif-par-agnes-gaubert-et-olivier-danielo-71629104.html

 "Le nucléaire n'est pas compatible avec les énergies renouvelables" (Etude du cabinet Heinrich Böll Stiftung)
http://www.electron-economy.org/article-le-nucleaire-n-est-pas-compatible-avec-les-energies-renouvelables-etude-du-cabinet-heinrich-bol-stiftung-69702606.html


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COGIT'Homme


"Une électricité 100% renouvelable est possible pour l'Allemagne et l'Europe à horizon 2050 (et même 2030 si nécessaire). Le système reposera principalement sur l'éolien et le solaire. Les interconnexions et le pompage-turbinage joueront un rôle crucial."
Olav Hohmeyer, professeur en sciences des ressources naturelles et énergétiques à l'Université de Flensburg, membre du German Advisory Council on the Environment et membre du GIEC


"Il est possible de répondre à 100% de la demande énergétique mondiale de l'humanité avec un mix Wind Water Sun, ceci en utilisant 0,59% de la surface terrestre continentale, et à horizon 2030. Un tel mix conduit à réduire de 30% la consommation énergétique du fait de la haute efficacité des systèmes électriques comparativement aux systèmes à combustion."
Mark Jacobson, directeur du département énergie et atmosphère à Stanford




« Les problèmes du monde ne peuvent pas êtres résolus par les sceptiques ou les cyniques dont l'horizon est limité par les réalités évidentes. Nous avons besoin d'hommes capables d'imaginer ce qui n'a jamais existé (...) Le changement est la loi de la vie. Et ceux qui ne regardent que dans le passé ou le présent sont certains de rater le futur (...) L'esprit humain est notre ressource fondamentale »
John Fitzgerald  Kennedy  
   
   
 
"Il y avait ceux qui disaient que l'homme ne volerait jamais. Et ceux qui levaient les yeux au ciel et affirmaient que l'homme ne marchera jamais sur la lune. D'autres qui s'interrogeaient de savoir si chacun avait besoin d'un ordinateur dans sa maison. Et nombreux n'imaginaient pas un monde autrement connecté que par des câbles. L'histoire abonde de visionnaires qui ont rencontré des personnes négatives, sceptiques et sans espérance. L'histoire abonde aussi de personnes qui ont construit leur propre chemin, qui ont suivi leurs rêves, et qui ont dépassé les frontières des esprits étroits. Aujourd'hui il y a ceux qui disent que l'énergie ne peut pas être à la fois propre et abondante, que nous ne pouvons pas répondre aux besoins de chaque être humain, partout sur terre. Mais avec des convictions, de l'inventivité et de la persévérance, nous pouvons faire des choses formidables. Nos visions peuvent être réalisées, nos problèmes peuvent être résolus. Nous pouvons changer le monde de l'énergie. Nous pouvons changer, le monde."

K. R. Sridhar, Ex-directeur du laboratoire des technologies spatiales à la NASA, et fondateur de Bloom Energy  


"Ce sont davantage que des ingénieurs. Ce sont des imagineurs"
Shaï Agassi, BetterPlace


"Tenter de faire croire qu'il n'existe pas d'alternatives aux énergies fossiles et au nucléaire relève de la pollution des esprits"

Hermann Scheer

      

"Le futur, ce sont ces mots, "restaurer", "reconnecter", "les gens", "communautés", "opportunités de croissance", "technologies pour la nature", "business vert"
Peter Kareiva, directeur scientifique au sein de The Nature Conservancy, la plus importante ONG environnementale de la planète  
   
 
« Le découplage ne signifie pas un arrêt de la croissance. Il consiste à faire plus avec moins »
Ernst U. von Weizsäcker, co-président, Panel international des ressources du PNUE et ancien président de la Commission de l'environnement du Bundestag
   
   
   
« (...) On ne fixe par un objectif chiffré pour augmenter l’espérance de vie humaine. Ce que nous pouvons faire, c’est agir dans la lutte contre telle ou telle maladie…La progression de l’espérance de vie suit ensuite, doucement. De la même manière nous ne devrions pas déclarer “nous allons réduire les emissions de CO2 de x % pour telle date". Quand, grâce à l’innovation scientifique, nous aurons des éco-technologies bon marché, elles pénètreront sur le marché…et les émissions de CO2 baisseront, doucement. »
Roger Pielke Jr, professeur de sciences environnementales à l'université de Boulder, Colorado      

   

"(...) Les énergies renouvelables sont la quitessence de l'énergie démocratique. Mon conseil est d'investir tout ce que nous avons dans un système énergétique intellligent et durable, en dépit de la crise financière. Et presque comme un effet secondaire, nous résoudrons alors la crise climatique (...)"
John Schellnhuber, directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research
       
Fichier:FDR in 1933.jpg

« Nous sortirons de la crise et nous aurons la prospérité. La seule chose dont nous devons avoir peur, c'est de la peur elle-même».
Franklin Delano Roosevelt, 1933   

   

Ecologie, paradigm shift
"Nous devons aller au-delà de l'idée de conservation"
(Ilya Prigogine)
  


"Nous deviendrons peut-être les acteurs de notre destinée si nous cessons de nous poser comme ses prophètes"
Karl Popper
 

PUISSANCE D'HUMANITE

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    Puissance d'Humanité 
    La bombe Rosling 

Lire l'article    

   

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