Photo : Haies de Jatropha séparant les cultures, Népal. Himal Project.
http://www.lshtm.ac.uk/dcvbu/himal
Jatropha curcas : l'or vert du désert
Par votre serviteur ;)
Jatropha curcas (également appelée pourghère, pignon d'Inde ou médicinier), est une euphorbiacée aux propriétés
médicinales originaire d'Amérique centrale et aujourd'hui répandue dans le monde entier. Cultivée en Amérique centrale depuis l'époque pré-colombienne, elle est appelée bagani en
Afrique, piñon de tempate, coquillo, coquito, ou encore cotoncillo dans le monde hispanophone et Pinhão de Purga ou Pinhão de Paraguai dans
le monde lusophone (Brésil, Cap vert, Portugal). Le mot tempate dérive d'un mot náhuatl (la langue des aztèques) qui signifie médecine de la bouche, en référence à l'usage de la
plante pour soigner des infections buccales.
Composition chimique et utilisations de la plante
Au marché des plantes médicinales de Ver-o-Peso de Belém, Brésil, cette plante est vendue mélangée avec la cucurbitacée Luffa operculata et utilisée lors
de rituels afro-brésiliens. Le fruit, la graine, l'écorce et les racines contiennent de l'acide cyanhydrique, extrêmement toxique, ainsi qu'une lectine, plus précisément une toxalbumine très
toxique appelée curcine, molécule proche de la ricine du ricin (les lectines sont des protéines qui ont la capacité de se lier à des glucides et qui sont utiles à la protection de la plante, par
exemple contre les insectes). Les fruits (ainsi que les 2 ou 3 graines qu'ils contiennent) ont des propriétés contraceptives. L'écorce contient un saponoside stéroïdique. Au Gabon, les graines
moulues et mélangées avec de l'huile de palme sont utilisées pour tuer les rats. Plusieurs intoxications sévères furent décrites dans la littérature chez de jeunes enfants mais tous eurent une
issue rapidement favorable. Cependant, la très forte toxicité de la curcine rend toujours possible un décès par consommation de Jatropha curcas. Du fait de la mauvaise odeur que dégage
la plante et de sa toxicité, les animaux ne la consomme pas et elle est donc utilisée, au Mali par exemple, pour faire des haies.
Jatropha curcas produit un fruit riche en huile (le fruit entier contient 25% d'huile et les graines 37%). L'huile est non siccative et est constituée des
glycérides des acides stéariques, palmitique, myristique, oléique et linoléique, d'une résine amorphe et un sistostérol, d'un mucilage composé de xylose, rhamnose, acide galacturique et enfin de
curcine.
L'huile qui peut être utilisée pour produire du carburant vert, des substituts d'huiles industrielles, du savon (avec de la soude caustique, ou, de manière plus
rustique, avec des cendres de bananes brûlées), des bougies ou encore du vernis (après oxydation avec des oxydes de fer); Elle est par exemple utilisée pour l'éclairage public de rues près de Río
de Janeiro et pour alimenter des groupes électrogènes de nombreux villages au Mali. Les fruits séchés et couverts d'huile de palme s'utilisent comme torches qui peuvent être utilisées même avec
des vents puissants. L'huile est aussi utilisée comme purgatif, par exemple au Portugal (huile produite au Cap vert). A utiliser en très petite quantité, la méthode est radicale et la
consommation d'une trop forte quantité est très dangereuse. Elle est aussi utilisée pour soigner des maladies de la peau et pour calmer les douleurs rhumatismales. Le latex possède également des
propriétés antiseptiques.Un extrait éthanolique de Jatropha curcas a été confirmé in vitro et in vivo efficace contre la leucémie.
Le jus de la feuille a une couleur rouge et colore les tissus d'une couleur noire indélébile. L'écorce contient 37% de tanins qui donnent une couleur bleu obscur
(le latex contient également 10% de tanins). Les tourteaux obtenus après extraction de l'huile par pressage à froid sont de très bons fertilisants (teneur en azote égale à celle des fiante de
volaille). La plante est fixatrice d'azote (bactéries symbiotiques au niveau de son appareil racinaire). Détoxifiés, ils peuvent servir pour nourrir le bétail ou les volailles compte-tenu de leur
teneur protéique élevée (55-58%). Cette plante qui pousse en zone tropicale aride ou semi-aride permet de lutter contre l'érosion des sols et est utilisée à cette fin en zone sahélienne, au Cap
Vert et en Bolivie. A Madagascar, elle sert de tuteur pour la culture de vanille.
Photo : haie de Jatropha curcas, Mali - http://www.jatropha.net
Jatropha : l'or vert du désert
L'énorme avantage écologique de Jatropha curcas dans la perpective d'une production en masse de carburants verts est que sa culture en zone aride n'entre
pas en compétition avec les cultures alimentaires ou les forêts. Le développement des carburants verts classiques a un impact environnemental non négligeable : en Malaisie, des forêts très riches
sur le plan de la biodiversité et habitat notamment de l'Orang outan sont détruites pour planter des palmiers à huile. Au Mexique le prix de la tortilla, aliment de base de la population, a
flambé récemment du fait de l'achat du maïs par les USA pour produire de l'éthanol).
Le rendement moyen en huile avec Jatropha curcas est de 1892 litres d'huile pas hectare et par an mais des rendements 4 ou 5 fois supérieurs sont possibles
(rendement en huile du Colza : 572 litres/ha/an ; du tournesol : 662 litres/ha/an; du soja : 446 litres/ha/an). L'Inde a lancé un programme de plantation à grande échelle de cette plante (ainsi
que de Pongamia pinnata) et sélectionne actuellement les cultivars aux meilleurs rendements. L'objectif est de cultiver avec Jatropha curcas 11 millions d'hectares (à
comparer à la perte annuelle de 2,4 millions d'hectares de forêt amazonnienne, notamment pour cultiver de la canne à sucre pour produire de l'éthanol). D'important projets ont également été
lancés à Madagascar et dans d'autres pays africains (entreprise anglaise D1 Oils, entreprise israélienne Tom Investment, filiale de Madagascar Mineral Fields, etc.). A
Madagascar, le litre d'huile de Jatropha est vendu entre 0,20 à 0,28 dollar. En Inde, il coûte 0,40 dollar.
Exigences écologiques de Jatropha curcas
(paramètres climatiques et édaphiques dans les conditions naturelles) :
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Précipitations annuelles : 300 à 1000mm (et plus si sol bien drainé)
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Période sèche : 3 à 6 mois
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Altitude : 0 à 1500 mètres
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Température maximale moyenne du mois le plus chaud : 34°C
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Température moyenne annuelle : 18 à 28°C
Où la plante croît-elle le mieux ? A une altitude inférieure à 1000 mètres, dans des secteurs arides ou humides, en plaine ou sur des collines, avec des
précipitations de 600 à 1200mm et des températures de 18 à 28°C, même si elle peut être plantée sur des sites où la température moyenne mensuelle monte à 34°C. Elle aime les sols pauvres mais les
préfère bien drainés. Des sols trop compacts limitent la croissance racinaire. Cet espèce au port arboré ou arbustif qui peut atteindre 8 mètres de haut produit des fruits pendant quarante ans
environ et ses qualités insecticides et fongicides conduisent à un usage limité de pesticides. L'espèce peut être attaquée par Lagocheirus undatus, Panthomorus femorauts,
Leptoglossus zonatus, Pachycoris torridus et Nezara viridula
O.D.
Références :